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Des nouvelles…


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Concours n°13 - Même pas Peur !



Le sujet retenu pour ce treizième concours — eu égard à ce nombre remarquable qui porte en lui le bonheur pour les uns, le malheur pour les autres — est la peur, l’angoisse, et tout ce qui y ressemble.
Il s’agit, à travers un texte court, de la susciter, de l’exploiter. Tous les coups sont permis.
Les résultats se mesureront à la hauteur des frissons obtenus.
La contrainte supplémentaire tient au fait d'évoquer, sous une forme ou sous une autre, la photo jointe à chaque nouvelle.


Gropl - ?



concours 13J’ai déjà fumé six joints quand Hichem sonne. « Papa, j’ai une surprise pour toi ». Hichem m’appelle Papa, mais je suis pas son père. J’ai été son entraîneur de poussin à cadet. Après il a intégré le centre de formation et maintenant c’est une vedette.
Je leur ouvre la porte de l'immeuble et les attends sur mon palier. Il sort de l'ascenseur avec un gars que je reconnais tout de suite :
— Papa, je te présente Frank Ribery.
Ribery me fait un sourire un peu emprunté et me serre la main comme les arabes, en la portant sur le cœur :
— Monsieur
— Salut !
— Hichem m’a beaucoup parlé de vous. Vous êtes son idole. On tenait à vous présenter notre respect, pour votre mère.
— Merci c’est gentil. Entrez !

— Vous buvez quelque chose ?
— Pas d’alcool pour nous, Papa, a rétorqué Hichem.
— J’ai du Pago Pamplemousse, je sais que tu aimes ça.
— Pareil pour moi, a rajouté Ribery.
En ce qui me concerne, je me suis servi un fond de rosé. On s’est posé dans le salon. C’était un peu crade. J’ai bien vu qu’Hichem avait un peu honte. Je me suis assis face à la photo et je l’ai fixé.
— Tu devrais sortir un peu, retourner sur les terrains.
— Oui
Ribery regarde le morceau de shit.
— Monsieur, je veux pas vous manquer de respect, mais vous devriez arrêter le shit.
— Oui.
— Je voulais vous dire aussi, on a beaucoup d’argent, si on peut vous aider, faire quelque chose..
— Merci, c’est gentil.
Hichem me demande :
— C’est quoi ce poster, ça fait flipper, Pourquoi t’en a mis partout ?
— C’était une photo, dans les papiers de ma mère. J’ai fait faire des agrandissements.
— C’est qui ce nabot ?
— Je sais pas trop.
— C’est un clown ?
— Oui, et derrière la photo, y’a marqué "Jimmy Marcelo, fevrier 1962" avec un gros cœur.
— Jimmy ! comme toi.
— Oui Hichem, et je suis né en Novembre 62.
— Et alors ?
— Et je crois bien que c’est mon père.
Hichem éclate de rire, Ribery reste très sérieux :
— Papa, tu déconnes, tu mesures un mètre quatre vingt dix, tu pèses 120kg, tu es blond, tu as les yeux bleus. Ça peut pas être ton père.
— La famille c’est sérieux, a murmuré Ribery.
— Papa, t’as pété un câble
— Hichem, rappelle toi, mon surnom quand je jouais dans l’équipe première.
— Le Clown, on t’appelait le clown, mais ça veut rien dire, c’est parce que tu faisais le con.
— CHUT !
— Quoi !
— Vous avez entendu ?
— Non.
— Les pas, au dessus, et le rire.
— J’ai rien entendu.
— Moi non plus a dit Ribery, c’est peut-être le shit, on entend des voix.
— Non, c’est pas le shit.
— Papa tu nous inquiètes, tu devrais peut-être voir un psy.
— Hichem, je suis pas fou. Souviens-toi, comment j’ai arrêté ma carrière, Mon accident.
— Oui, je le sais par cœur.
Il se tourne vers Ribery.
— Papa a marqué le but de la victoire contre Nantes, en 1983. Reprise acrobatique, il a grimpé ensuite sur la barre transversale et a voulu faire un saut périlleux, il est mal retombé et s’est niqué les vertèbres.
— Je sais. a dit Ribery. Tu me l’as raconté.
— Papa, tu étais une légende.
— J’étais un connard.
— Papa !
— Le monde entier s’est foutu de ma gueule.
Silence. Je fixe le clown. Jimmy Marcelo. J’ai fait des recherches.
— Les enfants, là, vous avez entendu, les pas, on dirait un gamin qui s’amuse.
— On a rien entendu m’sieur, a répondu Ribery.
— Vous voulez bien me rendre un service
— Bien sur m’sieur.
— Montez sur le toit, moi je peux pas, à cause du dos. Il y a une échelle dans la cage d’escalier. Je suis sûr qu’il court.
— Mais qui ?
— Lui, Hichem, le clown.
— Papa t’es niqué, complètement niqué.
— On va monter m’sieur, à dit Ribery. On en aura le cœur net et s’il y a personne, faudra vous faire soigner, ou arrêter le shit.
— Merci.

Hichem fait la gueule. Ils sortent. Je les entend déplacer l’échelle. Je fixe le nain, Jimmy Marcelo. J’avais été consulter les archives du musée du cirque du Pontet. Jimmy Marcelo, le clown nabot acrobate est mort le 1er mars 1962, lors d’une représentation du cirque Amar, sur le terre-plein de la Cité des Roses, à Marseille Il avait raté un saut périlleux sur une barre, à deux mètres du sol, le coup du lapin, Depuis que j’ai appris ça, j’ai mal à mes vertèbres.
Maman ne m’a jamais parlé de mon père. J’ai pas souvenir d’un seul mot, et j’ai pas souvenir non plus d’avoir vu un homme à la maison. . Dans notre appartement de la Cité des Roses, avec vue sur l’esplanade, chaque fois qu’un cirque venait, j’avais pas le droit de sortir et maman fermait les volets.

J’entends les deux vedettes marcher sur le toit et je le vois. Jimmy Marcelo. Sur le Balcon, il marche en équilibre sur la rambarde de fer forgé, son putain de bouquet à la main. Il fait un saut périlleux et disparaît dans un grand éclat de rire sardonique, ah ! non, le rire c’est les mouettes. Les jeunes ont raison, la démence me guette.

— Y’a personne.
Ribery m’a regardé gravement :
— Monsieur, ça va pas. Vous devriez arracher toutes ces photos, arrêter de fumer et de boire
— Vous comprenez pas.
— Venez au match ce soir, ça va être chaud. Demi-finale de coupe, Nantes, on vous envoie un taxi et on trouve une place en loge .
— Vous comprenez pas, c’est comme si j’étais pas moi

Ils sont partis. Des braves gars. J’ai promis que je regarderais le match ce soir. J’ai avalé une pincée des tranxènes de Maman et je me suis calé dans mon fauteuil, les yeux fixés sur le nain.

22h45, dernière minute de jeu. Ribery déborde sur la gauche, passe deux défenseurs nantais et adresse un centre sur Hichem, reprise acrobatique, pleine lucarne, Barthez est aux fraises. Une clameur fuse dans tout Marseille. Hichem, fou de joie, monte sur la barre transversale et enlève son maillot. Dessous, sur son torse, une inscrïption "Papa". La ville est en folie, mais j’entends un rire.

— Hi ! hi !
Jimmy Marcelo est sur la rambarde, avec maman. Ils ont l’air si heureux.. Ils m’ouvrent leur bras. Jimmy fait un saut périlleux et retombe en équilibre, son chapeau n’a pas bougé. Je vais les rejoindre mais sitôt en équilibre sur la rambarde d’acier, je suis seul.


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