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Des nouvelles…


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Grayback - Le Cinéphile



Texte pas tout neuf et unique polar que j'ai pondu, Le cinéphile à remporté le premier prix du concours de La maison de la Francité en 2003, catégorie 15-18 ans.

* * *

Bonjour, ou bonsoir, c'est selon suivant l'heure à laquelle vous aborderez cette histoire. Je m'appelle Caleb Kracowsky, un patronyme difficile à porter dans la région, alors si vous souhaitez qu'on s'entende vous et moi, Caleb suffira. Je suis le stéréotype du détective raté, lamentable dans mon imperméable délavé, une Johnson sans filtre au coin des lèvres et une bouteille de Firewater bon marché dans un tiroir. Parfois, je rêve que ma vie se déroule comme dans ces films antédiluviens noirs et blancs qui m'ont poussés à faire ce métier, mais jamais ma porte ne pivote sur ses gonds pour laisser entrer une blonde aguicheuse aux jambes interminables, au yeux noirs de Mascara dilué par les larmes, désemparée devant la disparition de son mari multimillionnaire. C'est qu'au 21ème siècle, il est déraisonnable de désirer poursuivre une carrière de détective privé. Il fut un temps ou j'avais une petite femme affectueuse, Miranda, un charmant cocker du nom d'Alfred et un petit restaurant de spécialités russes que j'avais monté avec mon vieil ami et associé, Rupert Dickson. Mais tout ça c'est bien loin, ma femme est partie avec mon chien, et mon associé avec ma femme. Ainsi, en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, ma famille volait en éclat, et par la même occasion, mon rêve américain. J'ai passé de longs mois a me lamenter sur mon sort, que pouvait-elle lui trouver ? Sans moi, il n'était qu'un minable, qui sait comment il aurait fini si je n'avais pas été là pour l'extirper de sa misère, sans doute un vulgaire employé de gare, ou un larbin distribuant des prospectus dans la rue sous le regard méprisant des passants, pour un salaire ridicule . Miranda et lui forment un couple lamentable, lui vit ici, dans les bas quartiers, tandis qu'elle est retournée chez ses parents, plusieurs centaines de Miles à l'ouest, dans une petite ville proprette et bourgeoise, immaculée nommée Providence. Je pose nonchalamment les pieds sur mon bureau et m'esclaffe de mon rire le plus guttural, je doute qu'il soit possible de s'aimer à distance. Qu'importe, il est inutile de remuer le passé, je suis sur une affaire très intéressante, de celles qui pourraient redorer mon blason. Je me lève, ouvre la fenêtre, me penche en avant pensivement. Je regarde les épais flocons diaphanes tomber en consommant religieusement les derniers millimètres de ma sèche. C'est un Noël blanc , un Noël de conte de fées, mais les criminels ne connaissent pas de trêve, je dois me rendre au plus tôt dans la Pedrolit's Street où a récemment été commis un meurtre abject et sanguinolent. Le bruit d'une clé qui tourne dans la serrure m'arrache a mes pensées. C'est Olga, ma secrétaire, pulpeuse sirène germanique qui malheureusement n'a plus vingt ans depuis belle lurette. Le regard intransigeant, les poings sur les hanches, elle reste plantée sur le pas de la porte en me fixant comme un enfant désobéissant. Entre nous, elle n'est pas vraiment indispensable, mais elle me rappelle un peu ma mère. La pauvre est morte de chagrin quand elle a découvert que mon père participait à de torrides soirées pyjama avec les ouvriers clandestins qui installaient l'électricité de notre deux pièces moscovite.
- Quand donc cesserrrez-vous de fumer ces saloperrries, Monsieur Krrracowsky ?
Seigneur, rien ne me fait plus de bien que les réprimandes de ma secrétaire, la nostalgie d'une petite famille en apparence tranquille me rattrape, Olga fronce les sourcils, me fait les gros yeux, j'adore, j'en redemande.
- Et puis vous savez, perrrsonne ne vous oblige a garrrder ca à l'intérrrieur !
Elle désigna de son ongle verni de rouge mon fidèle imperméable. C'est vrai qu'il se fait un peu vieux, et il entrave légèrement mes mouvements, mais j'ai pris soin de garder un bras en dehors, histoire de tirer aisément sur ma cigarette. Et puis merde à la fin, ce n'est pas pour ca que je l'ai engagée. Je me résous finalement à la laisser me l'enlever, pour qu'elle me fiche la paix, et je n'ai pas trouvé nécessaire de lui parler de la bouteille de Whisky qui dormait dans mon bureau. Pourquoi vouloir me faire suivre un mode de vie irréprochable ? J'ai toujours été celui qui mange la dernière part de pizza, celui qui pousse les vieux dans le tram pour avoir leur place, celui qui file à l'anglaise par la porte des toilettes pour ne pas payer l'addition dans les Tea-Rooms chics. C'est ma façon de me sentir vivant, mon père me disait toujours qu'il vaut mieux être méprisé qu'ignoré, j'approuve totalement. Il est temps pour moi de partir, je ressens le besoin d'exercer mon art au plus vite, l'art de décrypter les vices et les travers de l'esprit humain, et plus précisément, de celui du meurtrier. J'use de toute ma force de persuasion pour convaincre Olga de me laisser sortir, c'est que je suis un homme de terrain moi. Je me dépêche, il n'y a pas de temps a perdre, cela fait bien longtemps que je n'ai pas eu une affaire aussi juteuse. Je déambule dans les couloirs de l'immeuble, euphorique, peut-être une nouvelle vie s'offre à moi, oui, comme dans les vieux films, toutes les ficelles du métier me reviennent : investigation, interrogatoire, filature , résolution, tout est limpide, l'argent, la renommée, les femmes, c'est à ma portée, plus que quelques pas, la sortie, la lumière, la vie.
Je tombe à la renverse. Dans ma course, on m'a frappé violemment au visage. Trois hommes me maintiennent au sol, je me débats, je hurle, j'ai mordu le poignet de l'un d'eux, je sens dans ma bouche le goût de la sueur et du sang. Je sais pourquoi ils sont fâchés, dans la cour de l'immeuble gît le corps désarticulé d'Olga. J'étais obligé, elle ne voulait pas me laisser sortir. Je ne ferai plus de bêtises, promis, c'est Noël après tout. Je reconnais celui que j'ai mordu, c'est lui qui m'a vendu du Whisky et des cigarettes, il faut dire que c'est pas facile de s'en procurer ici. J'ai saisi sa tête sous mon bras, il fait trop de bruit, à crier comme ca, à croire que c'est la première fois qu'un détective privé lui enfonce ses dents dans le bras. Les deux autres n'osent plus bouger, ils y réfléchiront à deux fois la prochaine fois avant de m'agresser, je donne un coup sec, la nuque du petit contrebandier produit un craquement sinistre, c'est bien fait. Il y en a d'autres qui arrivent, c'est rigolo, il sont tous habillés de la même façon, mais je préfère mon vieil imperméable à leur blouse blanche. Je reçois un autre coup, plus vigoureux que le précédent, bien joué petit, tu as de l'avenir dans le kickboxing. Maman, je crois que je vais perdre connaissance.



Mon nouveau bureau ne me satisfait pas entièrement, pourtant, comme l'ancien, il a des murs tout doux qui ne font pas mal quand on se cogne dessus, mais je ne peux plus me pencher par la fenêtre, il y a des barreaux qui me gênent, c'était pas la peine, au rez-de-chaussée je peux plus jeter les gens, d'ailleurs, je n'ai plus de secrétaire. Ici, tout le monde me copie, ils ont le même blouson que moi, celui ou on peut pas bouger les bras. Tiens, c'est l'heure de ma sortie.
- Tu peut aller t'aérer, Kracowsky, on va te retirer ta camisole, garde tes sales pattes dans tes poches, j'ai la matraque facile.
Je l'aime pas celui la, il me dit toujours des vilaines choses. Son copain est plus gentil.
- Sois pas trop dur avec lui, Clark, il a été interné après que sa femme le cocufie le jour de Noël, le bougre a complètement pété les plombs. C'est un grand fan de cinéma, la semaine dernière il se prenait pour Roger Moore.
Le méchant n'avait pas l'air convaincu.
- Aucune garce au monde ne mérite un double meurtre.
Pfff, même pas vrai. Menteur. Tous des menteurs.
- Tiens, tu savais que sa deuxième victime passait de l'alcool en douce aux malades ? Comme quoi, lui non plus n'était pas tout blanc.
Boire c'est mal. Je suis trop petit pour ca.
- Mouais. Espérons qu'il ne se prenne pas pour Jack l'éventreur la semaine prochaine.
- T'inquiètes, depuis quelques temps, on dirait qu'il a rajeuni d'une trentaine d'années, je l'ai surpris en train de réciter des tas de vieilles comptines en Russe, que veux-tu qu'il fasse de mal ?
Stupides peaux rouges. Ce sera moi le cow-boy, et vous les indiens, comme dans les vieux westerns. Ils m'enlèvent mon long manteau usé, recouvert de poussière par les sauvages cavalcades dans le désert, sans même me regarder, ils rigolent. Ils ne m'ont pas vu prendre le Colt à la ceinture du premier apache. Je suis Cobalt Joe, je ne laisserai pas les indiens scalper Miss Penny.tous mourir.ils vont tous mourir.la conquête de l'ouest ne se fera pas sans morts, ou sont vos Tomahawks, racailles? Je laisse glisser mon doigt sur la gâchette, il est trop tard pour fuir.fais tes prières, peau rouge.

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