Afficher ou Masquer l'image de fond

Christophe Lecoules Mort à Dunkerque

L'interview de Christophe LECOULES

pour Mort à Dunkerque

Interview réalisée par échanges de courriels le 16 septembre 2006





L'interview "type"

Polarnoir : Christophe Lecoules bonjour. Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Christophe Lecoules : Quelques mots, cela risque d'être même trop. Je vais quand même essayer. Je m'appelle donc Christophe Lecoules. Ce n'est pas un pseudonyme mais mon vrai nom. Je dis ça parce que c'est ce qu'avait pensé mon éditeur (que Dieu le protège !) quand je lui ai adressé mon manuscrit. Je suis l'auteur d'un ouvrage qui s'intitule Mort à Dunkerque. Et c'est à ce titre, enfin j'espère, que j'interviens dans cette rubrique. Pour le reste, de peur de me répéter (et de lasser mon auditoire, ce qui serait dommage, avouez), je vous renvoie à la notice biographique. Si on peut donner cette pompeuse appellation aux quelques malheureuses lignes qui constituent mon curriculum vitae.


Polarnoir : En ce début du mois d'octobre, vous apparaissez dans le Coin des Artisans en tant qu'écrivain "amateur". Comment êtes-vous tombé dans ce traquenard ?

Christophe Lecoules : Comme dans tous les traquenards. Sans m'en rendre vraiment compte. Même maintenant, j'ai encore du mal à me persuader que c'est un traquenard. Disons que j'ai connu pire, dans le genre.


Polarnoir : Le terme d'écrivain "amateur" utilisé (de moins en moins il est vrai, voire même plus du tout) dans la description de cette partie du site ne vous parait-il pas un peu réducteur, voire même péjoratif ?

Christophe Lecoules : À partir du moment où l'écriture ne constitue pas ma principale source de revenus, je crois que ce titre n'est pas usurpé. Quant au côté réducteur ou péjoratif, je n'ai pas encore les moyens de m'offusquer des étiquettes qu'on veut bien me coller sur le dos (ou ailleurs, si affinités). Je garde ça pour plus tard. S'il y a un plus tard. Non, amateur, c'est bien. Ça fait modeste, apprenti, sympathique. Je prends.


Polarnoir : Vous-même, comment en êtes-vous arrivé à l'écriture ?

Christophe Lecoules : J'ai toujours plus ou moins écrit. Le problème c'est que je suis très lent. Dans tout ce que je fais. Particulièrement dans la maturation des idées et les prises de décision. La preuve, il a fallu que j'atteigne trente-cinq ans pour me rendre à l'évidence que si je voulais vraiment mener à terme un projet (je ne parle même pas de publier ici, mais de terminer un manuscrit), je devais travailler. Et deux fois plus que les autres, peut-être. Alors, je m'y suis mis, sérieusement, m'astreignant à une discipline de fer, me conformant à des horaires de bureau. Draconien comme régime, mais je ne connais pas d'autres systèmes.


Polarnoir : Pourquoi avoir choisi de vous exprimer à travers le polar plutôt qu'un autre genre littéraire ?

Christophe Lecoules : Le polar, comme tous les ouvrages de genre, a ceci d'appréciable qu'il n'a pas oublié que la vocation première de la littérature est de raconter des histoires. Le concept même, fondé sur une structure plus ou moins immuable (mystère-résolution du mystère), produit une intrigue progressiste, je veux dire qui avance. On progresse nécessairement vers un but. Et le succès de ce genre de littérature prouve bien que c'est ce que recherchent les gens. Qu'on leur raconte des histoires. Ce que je veux dire, c'est que j'ai le plus grand respect pour le roman policier. Maintenant, pour le projet qui était le mien, il est vrai que j'aurais pu choisir n'importe quelle littérature de genre (science-fiction, roman historique, ?). J'avais même pensé un moment adapter le concept au roman à l'eau de rose. Il faudra que j'y pense. Mon choix s'est naturellement porté sur le roman policier parce que c'est le genre qui m'était le plus proche et que je connaissais le mieux.


L'interview "spécifique"

Polarnoir : Il m'est arrivé, parfois, de "rencontrer" des auteurs qui apostrophent leur lecteur dans le cours du récit. Dans votre cas, c'est un peu différent puisque c'est votre personnage principal que vous prenez à parti. Comment vous est venue cette idée aussi originale que "farfelue" ?

Christophe Lecoules : L'idée, puisque effectivement, ce roman tient surtout à une idée, m'est venue dans mon canapé. Comme quoi ! Je n'ai pas la prétention de penser que je suis le seul à faire ça, mais il m'arrive souvent de commenter les films que je regarde. Particulièrement, les films d'action ou les films policiers. « Oh ! lui, il m'a pas l'air franc du collier », par exemple, devant la mine patibulaire d'un personnage douteux. Ou alors à propos d'une candide jeune fille qui veut se lancer dans la dangereuse profession de maître chanteur « Celle-là, elle va pas finir le film ». Alors, je me suis dit que ça pourrait être amusant d'intégrer ce genre de commentaires au livre lui-même. Ça permettrait de prendre un certain recul par rapport à l'intrigue, ne pas oublier que ce n'est qu'une histoire après tout, et qu'on sait tous à peu près, et à peu de choses près, comment elle va finir.
Au début, j'avais imaginé une présentation un peu complexe avec d'un côté de la page l'intrigue et de l'autre les commentaires, comme des notes. Après ça, j'avais pensé dissocier les remarques de l'histoire en écrivant tantôt en caractères romains tantôt en italique. Finalement, j'ai opté pour cette fusion des deux et pour ça, j'ai présenté l'action comme s'il s'agissait d'un gros dialogue entre l'auteur et le personnage.


Polarnoir : En choisissant ce mode de narration, ce tutoiement constant à l'égard de votre détective, vous agissez comme un metteur en scène de théâtre, ou de cinéma, qui reprend le jeu de ses acteurs, les guide en leur donnant des indications sur le rôle qu'il doivent tenir. Cette analogie vous convient-elle ?

Christophe Lecoules : C'est exactement ça. Avant de me lancer dans l'écriture, j'ai lu ou relu beaucoup de romans policiers, bien sûr, mais aussi d'autres ouvrages et notamment Six Personnages en Quête d'Auteur de Pirandello. Sans prétention, l'idée était à peu près la même. Ceci m'a conduit tout naturellement à cette narration particulière à la seconde personne, qui se trouve justifiée (j'entends par là qu'elle n'est pas un stérile exercice de style) par le projet. Le roman se présente, en effet comme un gros dialogue entre le personnage et son auteur, et comme cette instance narrative de statut presque divin (vous en conviendrez) n'a pas besoin de tirets et de guillemets pour intervenir, les passages narratifs font office de réponse aux questions ou apostrophes du personnage.


Polarnoir : D'ailleurs, vous ne vous privez pas à cet égard : reprises en mains, recadrages, remontrances, et j'en passe... Il faut dire que Francis Rose-Rosette n'en fait parfois qu'à sa tête. S'agissait-il pour vous de montrer l'auteur dans sa phase de création, d'écriture, lorsqu'il mène bataille, pris entre son projet, son plan de départ, et des personnages, ses "créatures", qui se développent parfois selon leur bon vouloir ?

Christophe Lecoules : Quelle clairvoyance ! Initialement, le roman s'appelait Anatomie du Policier. Ce titre pour bien suggérer le côté chirurgical de l'?uvre qui avait pour but de disséquer (le mot n'est pas bien choisi puisqu'il suppose qu'on opère sur un cadavre) les ressorts du roman policier. Il s'agissait donc de montrer ce qu'il y avait à l'intérieur, d'ouvrir la bête et par là même faire découvrir l'envers du décor. Tout ce qu'on ne voit pas forcément. C'était un peu comme faire visiter un appartement avant la fin des travaux. Donc, au lieu de considérer la narration a posteriori, j'ai choisi l'instantanéité de la mise en scène. L'auteur ne rapporte pas au passé une histoire qui s'est déjà déroulée et dans laquelle il ne fait office que de commentateur mais il participe, et son personnage avec, à l'élaboration de celle-ci sous les yeux du lecteur.


Polarnoir : À vous lire, on comprend rapidement que vous êtes un fin connaisseur en matière de polar ; d'ailleurs, les citations que vous placez en exergue de chaque chapitres sont là pour le rappeler. N'est-ce pas là encore un jeu auquel vous vous livrez, cette fois avec le lecteur, en soulignant régulièrement dans votre récit quelques une des plus grosses ficelles de ce genre littéraires ?

Christophe Lecoules : Les épigraphes ont un double rôle. Premièrement, en effet, d'inventorier les différentes situations conventionnelles qu'on retrouve dans de nombreux polars. Mais elles sont là aussi comme une sorte d'hommage à tous les auteurs qui se sont exprimés dans ce genre, une manière de montrer aussi et surtout que tout ou presque a déjà été dit en la matière. Des scènes de filatures, de rencontres avec des femmes troublantes, de pugilats, de chantage, les romans policiers en regorgent. Ce qui compte donc c'est bien le renouvellement de ces situations codifiées, l'originalité dont font preuve les écrivains dans la façon de les présenter.


Polarnoir : Sans rien dévoiler de l'intrigue, on peut noter que vous terminez votre roman par une scène digne de la plus pure tradition des romans à énigme chers à Agatha Christie : la fameuse explication finale. Faut-il y voir un hommage à cette branche du polar aujourd'hui un peu tombée en désuétude ?

Christophe Lecoules : Dans la mesure où j'avais décidé de jouer avec les clichés, il m'a paru naturel de terminer effectivement par la scène de la révélation où tous les acteurs du drame sont convoqués et entendent de la bouche du détective la résolution de l'énigme. J'ai tenté de la rendre moins artificielle en l'intégrant au récit. Mais je revendique le côté tarte à la crème, en l'occurrence.


Polarnoir : D'ailleurs, il en est de même de votre personnage de détective. Même si le métier diffère, il m'a irrémédiablement fait penser à Joseph Rouletabille, par son patronyme, par son impertinence. C'est une impression de lecteur, mais n'y a-t-il pas comme un sentiment de nostalgie ? Comme si, après avoir démonté les mécanismes du polar d'aujourd'hui vous en reveniez, au final, à ce qui a constitué les débuts du genre ?

Christophe Lecoules : Le modèle était plutôt Nestor Burma. J'ai beaucoup relu Léo Malet. Un grand écrivain. Pour autant, je ne crois pas être un nostalgique qui prône le retour aux sources. Il s'avère que le personnage du détective me permettait de balayer vraiment tous les aspects du genre, ce que je n'aurais pu faire en choisissant un policier de métier. À partir du détective, je pouvais rayonner sur tout le monde du polar et faire graviter autour de lui toute une kyrielle de personnages archétypiques : le flic, la secrétaire pulpeuse, le journaliste?


Polarnoir : Après cet exercice de style en forme de jeu ? réussi, je vous l'accorde ? avez vous d'autres projets en matière de polar ? Dans le même style ? Avec toujours Francis Rose-Rosette ? Je vous avoue qu'il me paraît difficile de pouvoir continuer dans la même veine. Mort à Dunkerque est tout de même ce que j'appellerai un roman atypique, une sorte de one shot, non ?

Christophe Lecoules : C'est le problème du roman qui est fondé sur une idée plus que sur une histoire. Bien que j'aie pensé à décliner le concept en jouant sur la suite. Je veux dire la notion de suite. Beaucoup de héros de polars (Adamsberg, Poirot, Maigret, Shelock Holmes, Ed Coffin, Grave Digger Jones, Burma, Rouletabille, Philippe Marlowe, je continue ?) sont des personnages récurrents. Les auteurs leur inventent tout un tas de manies ou de caractéristiques qu'on se plaît à retrouver d'un ouvrage à l'autre, donnant à leur créature une épaisseur psychologique et même humaine qui dépasse le cadre de la simple intrigue. Donc, je n'ai pas encore renoncé totalement à faire un numéro 2. Qu'on se le dise.


Pour finir...

Polarnoir : Pour finir, pouvez-vous associer une réponse à chacune des questions suivantes en commentant à votre gré votre choix ?

Un livre ou un auteur ?
Christophe Lecoules : Celine, Voyage au Bout de la Nuit (For ever).

Un film, un acteur ou un cinéaste ?
Christophe Lecoules : Tous les films des frères Cohen, de Quentin Tarantino (avec une préférence quand même pour Pulp Fiction), de Bertrand Tavernier et de Pierre Salavdori (mention spéciale pour Les Apprentis). Vénération sans bornes pour Philippe Noiret, Jean-Pierre Marielle, Cate Blanchett. Curieuse distribution, non ?

Un musicien ou un disque ?
Christophe Lecoules : Patrick Topaloff et Sim, Où Est ma Chemise Grise ?

Un personnage célèbre ?
Christophe Lecoules : Christophe Lecoules. Comment ça, mégalo ?

Un événement ?
Christophe Lecoules : Un événement marquant, je suppose ? Alors, je dirais, ma naissance. Comment ça, prétentieux ?

Et la dernière, vous lisez quoi en ce moment ?
Christophe Lecoules : Le dernier Fred Vargas. Comme tout le monde.

Vous pouvez bien sûr ajouter ce qu'il vous plaira, en toute liberté. Ne vous gênez pas.
Christophe Lecoules : Je n'ai rien ajouté pour ma défense. Et je plaide coupable.


Merci à Christophe Lecoules d'avoir bien voulu se prêter à ce petit jeu.

Ce site et le forum qui en dépend, sont déclarés à la Commission Nationale de l'Informatique et des Libertés (CNIL) sous le numéro 1119085. Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons.
contact@polarnoir.fr