Choisissez votre syle :  noir  -  sepia  -  clair

Une interview de Bill PRONZINI


réalisée par échange de courriels entre le 25 et le 27 avril 2007, avec Caroline aux commandes ainsi qu'à la traduction, assistée de François Cariou, Jérôme Jukal et Mac Oliver.
Le texte de cette interview est disponible en version française français ci-dessous, ou en version originale americain un peu plus loin.


Bill Pronzini


Caroline : Pourquoi avez-vous choisi le polar, plus qu’un autre genre littéraire, pour vous exprimer ?

Bill Pronzini : Les premières fictions que j’ai lues et qui m’ont marqué étaient les romans d’enquête pour jeunes, la série Ken Holt de Bruce Campbell, quand j’avais onze ou douze ans. Quand j’ai donc commencé à lire puis à écrire des romans pour adultes, les enquêtes et thrillers ont été la suite logique.
Une autre raison : à une époque, le polar était délimité par des règles et des interdits qui restreignaient à la fois le contenu et l’approche stylistique ; maintenant, un roman policier ou une nouvelle peuvent dire ou être tout ce que l’auteur décide. Le polar a évolué naturellement vers une forme sans limites.


Caroline : La série du Nameless a débuté en 1971, il y a maintenant 31 de ses aventures. Ni les lecteurs ni vous ne semblez vous être lassés de lui. Qu’est ce qui peut expliquer cette longévité inhabituelle ? Est-elle dûe à l’évolution constante du personnage ?

Bill Pronzini : En fait, la série a commencé en 1967 par une nouvelle nommée « It’s a Lousy World ». Mais oui, je pense que l’évolution constante du Nameless est la raison principale de sa longévité. La série est, pour moi, la biographie en cours sur plusieurs livres d’un homme qui se trouve être un détective. Comme chacun de nous, il change en permanence, comme le monde dans lequel il vit et travaille.


Caroline : Nouvelles, romans, anthologies, écriture en équipe, vous avez un rythme soutenu ! Quelle est votre méthode d’écriture ? Comment le procédé se met-il en place? Comment les idées viennent ? Avez-vous besoin de beaucoup de temps pour écrire ?

Bill Pronzini : J’aime écrire différent types de fictions. Me trouver face à un défi permet à mon travail de rester neuf et à moi, je l’espère, de grandir et d’évoluer en tant qu’auteur. De plus, je suis aidé par une imagination hyperactive ! En ce qui concerne mes méthodes, je travaille le matin et parfois le soir, je garde mes après-midi libres. J’écrivais 5 pages ou environ 1 250 mots par jour, cinq jours par semaine. Maintenant, je ralentis un peu et je fais généralement 3 pages par jour. Je révise constamment. J’envie les auteurs qui peuvent produire une copie presque parfaite au premier jet, mes versions mal dégrossies demandent beaucoup de travail pour être affinées. Ca me prend généralement cinq mois pour écrire un roman, quelque fois plus, parfois un peu moins.


Caroline : Est-ce que plus vous écrivez, plus l’écriture devient facile pour vous ?

Bill Pronzini : Pas forcément plus facile, je travaille toujours dur pour être meilleur écrivain demain que je ne l’étais hier. Mais j’ai effectivement une meilleur maîtrise de mon art maintenant, ce qui me permet de dire ce que je veux dire dans mes romans sans buter ni peiner, et de m’attaquer à des concepts qui étaient auparavant au-dessus de mes capacités.


Caroline : Quels évènements ont été déterminants pour vous ?

Bill Pronzini : Personnellement, rencontrer ma femme, collaboratrice et meilleure amie Marcia Muller en 1977.
Professionnellement, la vente de ma première nouvelle en 1966, et la vente de mon premier roman, The Stalker, en 1970. Que Snowboudn ait reçu le Grand Prix de Littérature Policière en tant que meilleur polar publié en France en 1988. Recevoir le Life Achievement Award des Private Eye Writers of America in 1997.


Caroline : J’ai aimé le Nameless dans Démons, j’ai lu toute la série des Kenzie et Gennaro de Lehane, et récemment j’ai découvert le détective de Michael Collins, Dan Fortune. Et vous, avez-vous un personnage de détective privé préféré ?

Bill Pronzini : Mon personnage de détective privé préféré est Mac, de Thomas B. Dewey, dur quand il doit l’être mais toujours humain et parfois vulnérable. J’ai essayé de créer le même genre de mélange avec Nameless. J’en apprécie d’autres, sans que cela soit limité à ceux-là, comme Philip Marlowe et Lew Archer, bien sûr Sharon McCone de Marcia Muller, Matt Scuder de Lawrence Block, Amos Walker de Loren Estleman’s, Brock Cllahan et Joe Puma de William Campbell Gault, Carney Wilde de Bart Spicer, et Dan Fortune de Michael Collins. Je n’ai lu qu’un des romans avec Kenzie et Gennaro, je lirai certainement les autres.


Caroline : Le crime de John Faith est pour moi un grand roman noir, proche de Goodis et Thompson. C’est un genre qui n’est pas aussi populaire que le thriller (je pense à des auteurs comme Harlan Coben ou Dan Brown), plus commercial. C’est un fait avéré en France, en est-il de même aux Etats-Unis ?

Bill Pronzini : Merci beaucoup, c’est un grand compliment. Le crime de John Faith est un de mes trois meilleurs romans, à côté de Blue Lonesome et un récent roman noir, The crimes of Jordan Wise (dont je suis fier de dire qu’il a été nommé dernièrement pour le titre de Meilleur Roman Policier 2006 par International Crime Witers Association). Le roman noir est extrêmement populaire aux Etats-Unis en ce moment, à la fois les œuvres originales et les réeditions de Thompson, Goodis, Gil Brewer et d’autres. Les thrillers politiques et judiciaires sont probablement plus populaires auprès d’un lectorat général que de moi ; je préférerais toujours lire un bon roman noir.


Caroline : Le polar est considéré comme un genre mineur en littérature (en tout cas, en France), êtes-vous d’accord avec ça ?

Bill Pronzini : Absolument pas ! Je pense qu’une partie de la prose la plus fine et des histoires les plus fortes écrites aujourd’hui se trouvent dans le polar. La frontière qui séparait les catégories de la littérature générale a été supprimée.


Caroline : Quelle vision avez-vous de la société américaine et de son rapport à la violence ? Vos romans sont-ils un moyen, pour vous, de trouver des solutions aux problèmes de société ?

Bill Pronzini : Les américains sont fascinés par la violence à un stade d’obsession. Livres, films, émissions de télé sont en ce moment tous trop violents à mon goût. J’essaie de limiter la part de brutalité dans mes romans, et d’éviter les descriptions crues. Les thèmes de mes romans sont les effets du crime et de la violence sur les individus et sur la société dans son ensemble. Il y a aussi des explorations psychologiques de problèmes personnels comme l’amour, l’amitié, la solitude, la trahison, la douleur, la peur, la rédemption.


Caroline : Vous m’avez dit être très occupé en ce moment, mais y-a-t-il des livres, des films ou des disques que vous prenez le temps de découvrir ? Pouvez-vous les partager avec nous ?

Bill Pronzini : Pendant des années, j’ai collectionné les romans d’enquête, les thrillers noirs et d’autres genres, et Marcia collectionne la littérature générale ; nous avons une énorme bibliothèque de 25 000 livres et magazines. Nous lisons donc énormément, et si nous devions faire une liste de nos auteurs et de nos livres préférés, ça prendrait plusieurs pages. Nous sommes également fans des films noirs et en possédons des centaines sur cassette et DVD.

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Caroline : Why did you choose crime fiction, more than any other literary genre, to express yourself ?

Bill Pronzini : The first fiction I read that made an impression on me was young adult mysteries, the Ken Holt series by Bruce Campbell, when I was 11 or 12 years old. So when I began reading and then writing adult fiction, mysteries and thrillers were the natural progression.
Another reason: At one time crime fiction was bound by rules and taboos that restricted both content and stylistic approach; now, a crime novel or story can say or be anything the writer chooses. It has grown naturally into a form without limits.


Caroline : Nameless series started in 1971, there are now 31 of his adventures. Neither the readers nor you seem to be tired up of him. What can explain this unusual longevity ? Is it thanks to the constant evolution of the character ?

Bill Pronzini : Actually, the series began in 1967 with a short story called “It’s a Lousy World.” But yes, I think the constant evolution of “Nameless” is the main reason for his longevity. The series, to me, is an ongoing, multi-book biography of a man who happens to be a detective. Like all of us, he is ever-changing and so is the world in which he lives and works.


Caroline : Short stories, novels, anthologies, co-writing ... you have a sustained rythm ! What is your writing method ? How does the process sets up ? How do the ideas came ? Do you need a lot of time to write ?

Bill Pronzini : I like to write different types of fiction. Presenting myself with challenges keeps my work fresh and I hope allows me to grow and evolve as a writer. Plus it helps that I have a hyperactive imagination! As to my methods, I work in the mornings and sometimes in the evenings, taking the afternoons off. I used to write 5 pages of copy or about 1250 words per day, five days a week. Now I’m slowing down a bit and generally do about 3 pages per day. I revise constantly. I envy writers who can turn out perfect or almost perfect copy first draft; my rough drafts always need a lot of work to smooth them out. It usually takes me about 5 months to write a novel, sometimes longer, occasionally a little shorter.


Caroline : Do you find that writing gots easier for you the more you write ?

Bill Pronzini : Not necessarily easier ; I still work hard to make myself a better writer tomorrow than I was today. But I do have a better command of my craft now, which enables me say what I want to say in my fiction without stumbling and straining, and to tackle concepts that were once beyond the limits of my ability.


Caroline : What have been some defining events for you ?

Bill Pronzini : Personally : meeting my wife, collaborator, and best friend Marcia Muller in 1977.
Professionally : The sale of my first short story in 1966, and the sale of my first novel, THE STALKER, in 1970. Receiving the Grand Prix de la Litterature Policiere for SNOWBOUND as the best crime novel published in France in 1988. Receiving the Life Achievement Award from the Private Eye Writers of America in 1997.


Caroline : I liked Nameless in "Demons", I've read all the Kenzie Gennaro's of Lehane and recently discovered Dan Fortune, Michael Collins'IP. And you, do you have a favourite IP character ?

Bill Pronzini : My personal favorite PI character is Thomas B. Dewey’s Mac - tough when he has to be but always human and sometimes vulnerable. I’ve tried to create the same sort of mix with “Nameless”. Others I like include, but aren’t limited to, Philip Marlowe and Lew Archer, of course; Marcia Muller’s Sharon McCone, Lawrence Block’s Matt Scudder, Loren Estleman’s Amos Walker, William Campbell Gault’s Brock Callahan and Joe Puma, Bart Spicer’s Carney Wilde, and Michael Collins’ Dan Fortune. I’ve only read one of the Kenzie Gennaro books ; I should read others.


Caroline : "A Wasteland of Strangers" (translated as "John Faith's crime" in France) is to me a great noir novel, near to Goodis and Thompson. This genre is not as popular as thriller (I think of Harlan Coben or Dan Brown), more commercial. It is a fact in France, is it the same in USA ?

Bill Pronzini : Thanks very much ; that’s a high compliment. A Wasteland of Strangers is one of my three best nonseries novels, along with Blue Lonesome and a recent noir, The Crimes of Jordan Wise (which I’m proud to say was recently nominated for Best Crime Novel of 2006 by the International Crime Writers Association). Noir fiction is extremely popular in the U.S. these days, both original works and reprints by Thompson, Goodis, Gil Brewer, and others. Political and courtroom thrillers are probably more popular with the general readership, but not with me; I’d rather read a good noir novel any day.


Caroline : Crime fiction is considered as a minor genre in literature (at least In France), do you agree with that ?

Bill Pronzini : Absolutely not ! I think some of the finest prose and strongest stories being written today can be found in crime fiction. The line that once separated category fiction from mainstream literature has all but been erased.


Caroline : What kind of view do you have on American society and its connection with violence ? Are your novels a way, for you, to find issues to society's problems ?

Bill Pronzini : Americans are fascinated with violence to the point of obsession. Books, films, TV shows are all far too violent these days for my taste. I try to limit the amount of brutality in my novels, and to avoid graphic descriptions. Thematically my novels are about the effects of crime and violence on individuals and on society as a whole. They’re also psychological explorations of such personal issues as love, friendship, loneliness, betrayal, grief, fear, redemption.


Caroline : You told me you are very busy, but is there books, films or music you take time to discover at present ? Can you share them with us ?

Bill Pronzini : I’ve been collecting mysteries, noir thrillers, and other genre fiction for many years, and Marcia collects mainstream fiction; we have a huge library of some 25,000 books and magazines. So we read widely and if we were to compile a list of favorite authors and books, it would run to several pages. We’re also big fans of film noir and have hundreds on tape and DVD.


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